Je donne la parole aux bénévoles

Dans un récent billet, je vous ai avoué avoir versé quelques larmes en écrivant un article destiné au numéro rose du magazine Clin d’Oeil. En fait, ce n’est pas vraiment de l’écrire qui m’a émue. C’est plutôt de lire tous les témoignages que j’ai recueillis pour pouvoir l’écrire. Des témoignages qui parlent de douleur, d’épreuves et d’inquiétudes, mais aussi d’entraide, d’espoir, de bonheur… Des témoignages de bénévoles.

Je suis moi-même bénévole depuis des années. Toute petite, je faisais du porte-à-porte dans mon quartier et du mononcle-à-matante dans les partys de famille pour vendre les billets du tirage annuel de l’Association Générale des Insuffisants Rénaux (AGIR) dont mon papa était le président régional (section Lanaudière). Mon charme légendaire de gamine a fait des ravages dans les portefeuilles. Pour le plus grand plaisir des gens d’AGIR.

Aujourd’hui, je suis sur le CA et je m’occupe du bulletin d’Anorexie et Boulimie Québec (ANEB). Je m’implique aussi ponctuellement auprès de différentes causes. Non pas que je sois un exemple de générosité et d’altruisme. Je le suis, généreuse, sinon je ne m’impliquerais pas. Mais je le fais aussi parce que  j’en retire de nombreux bénéfices. Si vous saviez le nombre de touchants «MERCI» que j’ai pu lire et entendre depuis toutes ces années. Des étincelles d’espoir qui réchauffent encore mon coeur quand j’y repense. Et me donnent des frissons. Inexplicable. Énergisant. Émouvant.

Le numéro de Clin d’oeil est maintenant en kiosque et l’article que j’ai écrit, si vous avez envie de le lire, se trouve en page 127.

J’aurais aimé inclure l’intégral de tous les témoignages recueillis dans le texte du magazine, mais j’aurais trèèèèèèèèèèèès largement dépassé les 4 feuillets qui m’avaient été commandés…

Je ne pouvais pas me résigner à laisser ces histoires ne vivre que dans ma tête! J’ai laissé mon petit hamster courir dans ma tête jusqu’à ce que soudainement, WOOHOO! J’ai eu une idée. J’en ai discuté avec Émilie, la rédactrice en chef reportages, beauté et culture du Clin d’Oeil, et elle l’a tout de suite adoptée.

Je suis donc heureuse de partager ces témoignages avec vous, ici. C’est ça la beauté du blogue! On sait bien que les billets courts sont plus «efficaces», mais si on a exceptionnellement besoin de beaucoup place, on peut la prendre! C’est long, je vous l’accorde. Mais ça vaut la peine.

Tous les bénévoles dont vous lirez les paroles s’impliquent auprès de personnes malades.  J’en profite d’ailleurs pour les remercier chaleureusement d’avoir pris le temps de mettre leurs pensées sur clavier pour me (vous!) les envoyer.

Prêts pour une pause «Espoir»?

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Loulou, aidante naturelle

Peut-être que cette petite histoire pourra en inspirer une autre… C’est ce que je souhaite par ce témoignage.

Je suis la maman de deux jeunes hommes dans la trentaine. À l’époque, ils étaient âgés de quinze et seize ans. Ils terminaient leurs études secondaires et se préparaient à entrer au CEGEP. J’ai toujours été une maman à la maison et je me retrouvais donc à ce moment avec beaucoup plus de temps pour moi. Je cherchais comment occuper mes journées: le bénévolat, les études, un travail? J’étais en réflexion.

Un jour, à l’épicerie, je rencontre une ancienne coéquipière de sport qui vient d’avoir son premier petit bébé. Il est tout emmitouflé dans son habit de neige. Il a deux mois.  Quel beau petit visage – tout rond – avec sa suce dans la bouche. Je demande à la maman comment vont les choses avec son petit et elle me répond:  »Tout va très bien, c’est un bon bébé. Il n’y a qu’un problème: il est trisomique ». Je sais ce qu’est la trisomie 21 et j’imagine ce que cela peut représenter. Je suis tombée des nues. Je regarde ce petit bébé tout calme, qui commence déjà à sourire. Sa maman me dit alors qu’elle cherche une gardienne et qu’elle trouve cela assez difficile. Je lui réponds tout de go:  »Mais, je vais le garder moi! ».  On se parle encore un peu et on se quitte finalement en oubliant d’échanger nos coordonnées… Pas trop fort!!! Le lendemain, ma famille et moi partions pour la fin de semaine. Je n’ai donc pu la rejoindre. Cette fin de semaine m’a semblé ne plus finir!

Au retour, le lundi matin, le téléphone sonne. C’est la maman qui me demande si je suis vraiment sérieuse à propos de mon offre. Oh, que oui je l’étais! J’avais parlé de tout ça avec mon conjoint et mes enfants et tous étaient d’accord avec moi. Je crois encore que le destin a mis ce petit bonhomme sur mon chemin pour que j’en prenne soin.

Je l’ai donc fait pendant un peu plus de quatre ans, cinq jours par semaine. Il a été un grand bonheur pour nous tous. Je n’ai pas fait cela par grandeur d’âme. Je savais que ses parents partiraient au travail l’esprit tranquille et j’étais contente de pouvoir leur donner cela.  Au fil des semaines, avant la fin de son congé de maternité, la maman et moi avions appris à mieux nous connaître et ainsi créer une confiance qui ne s’est jamais démentie.

Ce petit bonhomme a comblé mes journées avec son sourire, ses petits bras tendus vers moi, ses prouesses de tous les jours… Avec aussi cette petite étincelle, dans son regard, qui dit  »je t’aime ».  Quel bonheur d’avoir été témoin de ses progrès au fil des années et d’y avoir participé! Il a beaucoup travaillé pour arriver où il est aujourd’hui et je suis fière d’avoir fait partie de sa vie du mieux que j’ai pu. Un jour, alors que mes deux grands étaient avec nous, ils m’ont dit:  »Il te rend heureuse hein maman! ». Oui, c’est ce qu’il m’a apporté! J’étais déjà très heureuse avec ma famille, il n’a fait que s’ajouter au bonheur de tous!

Toute ma famille a trouvé une façon de grandir avec ce petit trésor. Particulièrement mes deux grands, qui ont été témoins à tous les jours des efforts que ce petit devait mettre pour accomplir des gestes simples. Cela remet bien des choses en perspective, quand on a seize ans et que tout est facile!

On parle toujours de «différence» quand on parle de ces enfants. Chez nous, ce n’était pas une «différence», c’était un rythme de vie… Nous avons partagé sa vie et il a partagé la nôtre.

Aujourd’hui, il a grandi, il est presque un homme. On se voit beaucoup moins souvent, mais au fond de moi, bien au chaud dans mon cœur, ce petit trésor est là pour toujours.  C’est vraiment cela qu’il a apporté à toute ma famille: un grand bonheur!

À tous ces  petits….beaucoup d’amour!

À «mon petit cœur» devenu grand… gros bisous!

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Claudette, bénévole Maison l’Albatros

Je me suis décidée à faire du bénévolat parce que je cherchais une activité différente et utile dans ma vie. Je voulais une activité qui se rapportait aux humains et à ce qu’ils vivent. À l’automne, je suis tombée par hasard sur une petite annonce dans le journal local qui offrait des cours pour du bénévolat en soins palliatifs. J’ai appliqué pour le cours sans toutefois savoir où cela me conduirait. J’ai aussi suivi des cours pour les personnes en deuil. La personne qui s’occupe des bénévoles de la maison de soins palliatifs à Mascouche était parmi nous. Nous avons été invités à visiter le centre, puis j’ai fait application. Chaque centre a un fonctionnement qui lui est propre. Ce que j’aime de celui-ci, c’est que j’ai un contact physique avec les résidents (soins, douches ou bains, préparation pour la nuit, etc.)

J’ai le sentiment que j’apprends beaucoup sur ce qui se passe en fin de vie. C’est différent pour chaque résident et cela me fascine. Aussi cette expérience m’ouvre sur le sens que l’on donne à la vie. Malgré ce que l’on en pense, la mort fait partie de la vie. C’est un sujet mystique, une approche inquiétante, une expérience qui demande du renoncement, un grand courage, une humilité, un abandon de ce qui a été notre fonctionnement durant trente, quarante, cinquante ans de notre existence. La chaleur humaine  qui se dégage des résidents n’est pas feinte. C’est fini ce temps-là où l’on doit faire semblant. On y entend des vérités et l’on se doit d’être vrais. Les réflexions s’enclenchent, les regrets, les souvenirs. Ne plus rien contrôler, seulement  respirer, revivre les bons moments d’une vie qui s’achève,  faire le point, dire adieu à tout ce que l’on aime. Ce n’est pas aussi facile que s’en a l’air. J’apprends autre chose,  je trouve cela intéressant et ça me fait réfléchir.

L’arrivée d’une résidente m’a beaucoup touchée. Elle a un cancer. Elle pèse à peine 95 livres et elle a 78 ans. Elle était très craintive à son arrivée, car elle ne connaissait personne, ne savait pas comment s’orienter et surtout, elle ne voulait déranger personne. La seule chose qui l’intéressait et qu’elle demandait c’était de prendre un bain. Car depuis un temps elle devait faire sa toilette au lavabo parce qu’elle était incapable de prendre un bain ou une douche. Pour nous, prendre un bain c’est normal et nous le faisons chaque jour sans trop y penser. Mais pour la résidente, mettre sa pudeur de côté, se laisser déshabiller, se laisser déposer dans le bain assis sur une chaise, se laisser laver c’était nouveau et très intimidant. On sentait sa gêne, mais par la suite elle était contente et à l’aise avec moi comme si je l’avais connue depuis toujours. Elle était peinée de me voir partir à la fin de la journée parce que ce que j’étais devenue une référence dans ce monde inconnu. Elle sait qu’elle est là pour mourir et que maintenant ce n’est qu’une question de temps. Elle voulait peut-être en parler ou du moins se faire rassurer, mais je ne vais la revoir que dans une semaine. C’est aussi apprendre pour moi à faire les détachements nécessaires. Et moi, je suis en santé…

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Micheline, aidante naturelle

Être aidant naturel demande énormément de patience, de disponibilité et de don de soi. De l’amour inconditionnel également.

Le malade – mon conjoint – requiert ma présence 24 heures par jour. Je suis sa confidente face à ses peurs, à ses appréhensions. C’est un «grand malade» (selon les médecins) et il me répète sans cesse qu’il veut mourir. Mais la dernière fois qu’il est rentré à l’hôpital en ambulance, j’ai lu la peur dans beaux grands yeux bleus. Sur la civière, à l’urgence, et encore sur son lit d’hôpital. Nous en avons discuté et je lui ai exprimé ma peine, mais lui ai dit que j’étais prête à le laisser partir .

Il est très maladroit physiquement. Se déplaçant en fauteuil roulant et ayant des problèmes de motricité avec ses mains, il échappe souvent de la nourriture ou des liquides sur lui. Il devient triste ou s’énerve en jurant de colère devant cette situation. Je dois le calmer et jaser avec lui.

Par contre, nous avons de bons moments de complicité. Il est plus confortable à la maison, dans ses affaires. Il aime et a toujours aimé la technologie. Il a son ordinateur. Cependant depuis quelques temps, il ne voit pas tellement bien (glaucome) et il mêle tout. Si bien que son ordi est complètement débalancé. Il fulmine et je dois le calmer, aller voir ce qu’il a fait et essayer de réparer les dégâts tout en riant et en dédramatisant.

Je réclame l’aide du CLSC pour avoir un peu de répit. Je suis sur une liste, mais ne pourrai avoir de l’aide à temps plein avant un ou deux ans. Est-ce possible? À ce moment en aurais-je encore besoin? Heureusement, une personne vient lui donner sa douche une fois semaine. Moi, je n’ose pas, car s’il tombe, comme cela lui arrive souvent lors de ses transferts, je ne suis pas capable de le relever seule.

C’est difficile, je fais mes crises de larmes et de colère à l’extérieur de la maison, mais l’amour reste toujours présent. Le souvenir des bons moments aide à vivre non pas un jour, mais une heure à la fois.

Et puis ça me donne le sentiment d’être utile. J’ai découvert chez moi des qualités insoupçonnées comme la tolérance, la capacité de soigner le corps, la capacité de dédramatiser et aussi la capacité de prendre des décisions rapides. J’ai toujours pensé que je n’avais rien d’une infirmière et pourtant…

J’ai aussi développé mon côté «psychologue». J’ai appris à analyser les situations le plus calmement possible. J’ai constaté et compris que la dignité humaine passe au premier plan. Pas toujours facile pour un grand malade d’avoir une confiance totale en son aide qui n’est ni médecin ni infirmière, mais qui sait lui apporter confiance et confort.

Je ressens également de la colère face à cette situation. J’aimerais donc le libérer une seule journée et prendre sur moi sa maladie! Impossible. C’est ce sentiment d’impuissance, d’injustice qui me met en rogne. J’ai compris que pour continuer à être près de lui et à l’aider efficacement, je dois aller chercher l’aide d’une tierce personne: une psychologue.

J’ai aussi appris que l’entraide existe. Je n’ai qu’à ouvrir les yeux, à «oser» demander de l’aide à mon entourage et j’ai le support dont moi aussi j’ai besoin.

Demandez et vous recevrez… Avec un sourire en plus!

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Johanne, bénévole à Cancer J’écoute

J’ai été élevée dans une famille de bénévoles. Mon père et ma mère ont été bénévoles auprès de multiples organismes communautaires. On peut dire que j’ai le bénévolat dans le sang.

À l’été 1999, j’ai perdu mon père d’un cancer du poumon et à l’automne 2000, j’ai perdu ma mère d’un cancer du sein. Je dois souligner que ma mère était également atteinte très sévèrement de la maladie d’Alzheimer. C’était devenu mon petit bébé.  Pas besoin de vous dire que ce fût une période assez rock’n roll. À l’hiver 2001, je reçois un téléphone d’une ancienne amie que j’avais perdue de vue, et elle me demandé comment j’allais et si j’avais du temps à donner à la Société Canadienne du Cancer afin de réaliser une activité qui s’appelait le Relais pour la vie.  J’ai mijoté le tout pendant 2 ou 3 minutes, et là je me suis dit «tu as peut-être perdu ton père et ta mère, mais peut-être qu’en t’impliquant dans cette activité, d’autres gens pourront en guérir». J’ai donc embarqué dans la grande aventure qu’est le Relais pour la vie.  Comble de malheur, ma seule et unique fille, ma belle Stéphanie qui avait 18 ans à l’époque, a reçu, le 30 décembre 2003 (bonne année!!!), un diagnostic de la Maladie de Hodgkins (cancer des ganglions). Elle était au 4e stade de la maladie.  Ce fut 8 mois de chimiothérapie aux 2 semaines. Tout un combat. Mais aujourd’hui, elle est en rémission…

Après toutes ces expériences, je me suis impliquée encore plus à la Société Canadienne du Cancer afin de partager mon vécu, d’écouter les personnes atteintes de la maladie ou les aidants naturels et de donner de l’espoir aux personnes atteintes de cancer (Relais pour la vie).

Bien plus que mon salaire régulier, le bénévolat n’a pas de prix. Ça fait tellement de bien à l’âme d’aider quelqu’un! Ça ne se quantifie pas et avec le tourbillon de vie d’aujourd’hui et les performances demandées au travail. Faire du bénévolat, c’est aider les autres tout en s’aidant soi-même.  Ça permet de nous faire réaliser comment la vie peut-être belle et/ou qu’une migraine ce n’est que passager comparé aux traitements de chimio. Ça nous permet d’apprécier de pouvoir se lever le matin, tout seul, sans avoir besoin d’aide. Ça nous permet d’échanger avec d’autres parents qui ont un enfant atteint de cancer. Ça nous remet les idées en place et ça nous fait ouvrir les yeux sur toutes les beautés que la nature nous offre.
Faire du bénévolat, ça fait du bien. Quand on sent qu’on a fait du bien à quelqu’un, seulement en l’écoutant, on peut dire MISSION ACCOMPLIE.

Je vais vous raconter ce que quelqu’un m’a dit lors d’un Relais pour la vie.  Ça faisant 6 mois qu’elle était en chimio et il lui en restait encore pour 2 mois. Elle manquait d’énergie, avait de la difficulté à affronter les traitements futurs à cause des effets secondaires. Elle était vraiment écoeurée de tous ces traitements qui n’en finissent plus. Je me rappellerai toujours de ce moment. Cette jeune adulte n’ayant pratiquement plus de cheveux, portant son éternelle casquette de baseball, mais ayant un sourire impéccable, en plein coeur de la nuit, m’a dit:  tu sais mom, ça me redonne vraiment de l’énergie pour continuer à me battre, tous ces gens sont ici pour marcher contre le cancer…  Eh oui, cette jeune femme c’était ma belle Stéphanie!

Alors, voici en quelques phrases, un bout de mon histoire.  Vous comprendrez en lisant ces quelques lignes pourquoi je suis devenue bénévole et que j’ai encore et toujours le goût de m’impliquer.

J’espère que ces lignes inciteront des gens qui ont quelque chose à partager, mais l’ignorent peut-être, à s’impliquer dans le bénévolat, ça fait tellement de bien…

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Michel, bénévole à la Fondation de l’Hôpital Sainte-Justine

Je m’appelle Michel, j’ai 57 ans, et je fais du bénévolat en hémato-oncologie à l’hôpital Sainte-Justine depuis plus de 5 ans. J’apporte aux enfants malades un peu de bon temps en jouant avec eux. Ça permet aux parents de souffler un peu. Malheureusement j’ai dû arrêter, temporairement, parce que ma conjointe est atteinte d’un cancer du sein. C’est un moment très difficile à passer, mais les traitements vont bien. Nous restons optimistes et les médecins aussi. Lorsqu’elle aura moins besoin de mon support, je retournerai avec joie, retrouver mes petits patients. L’idée de faire du bénévolat m’est venue tout simplement. J’avais du temps de libre, j’adore les enfants, et les miens étant rendus adultes, j’avais envie de retourner un peu dans l’enfance.  Retourner en enfance, c’est d’ailleurs l’une des principales choses que cela m’apporte. Je me perds un peu dans l’instant présent et je vis d’énormes moments de joies à travers les épreuves de la vie à l’hôpital. C’est un milieu qui a changé mes valeurs et ma vision des choses.

J’ai vécu beaucoup d’anecdotes au cours de ces 5 années. De magnifiques moments qui me redonnent envie d’y retourner de semaine en semaine.

Un jour une petite fille de 8 ans me demande ce que je fais dans la vie. Je lui réponds que je travaille à l’aéroport. Elle me demande ce que j’y fais. Avant que je n’aie le temps de répondre, elle me dit: «Attends! Je sais ce que tu fais! Tu donnes des câlins aux gens avant qu’ils partent en voyage.» C’est une très belle vision de mon travail!

Pendant près d’un an, je suis allé visiter un petit bonhomme de 5 ans atteint d’un cancer. Le petit n’avait pas de calendrier dans sa chambre, mais il se réveillait à tous les mercredis matin en disant à se parents: «Michel va venir me voir ce soir!» Là, on se sent plus qu’important.

Quelques jours après la visite du Père Noël à l’hôpital, un petit patient me dit qu’il a vu le Père Noël, mais que ce n’était pas le vrai! Je lui demande alors pourquoi il dit ça et il me répond: «Je lui ai demandé le nom de ses rennes et il ne les connaissait même pas. Bon peut-être qu’il aide le Père Noël, mais ce n’est pas le vrai.» Croyez-moi, je les connais les noms des rennes du Père Noël.

J’étais en train de jouer avec une fillette de 9 ans et elle s’amusait à tirer sur mes doigts pour les faire craquer. En tirant un peu fort, mes doigts lui ont glissé entre les mains et je me suis laissé tomber par terre. Je lui ai dit en rigolant de faire attention, que j’aurais pu me faire mal, mais qu’en même temps ce n’est pas si grave puisque nous étions à l’hôpital, un médecin pourrait me soigner. Elle me répond en vitesse: «Mais non! On ne soigne pas les vieux ici!» La franchise d’une enfant!

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Milène, bénévole à la Maison André Gratton

Il me fait plaisir de partager avec les lectrices de Clin d’oeil tout le bien que mes trop courtes heures de bénévolat m’apportent à chacune de mes visites à la Maison André Gratton mise sur pied par l’organisme Le Phare, Enfants et Familles.

C’est en 2009, à l’âge de 40 ans, que j’ai pris la décision de consacrer un peu de mon temps libre auprès d’enfants malades. Étant une personne que la vie a choyée, je ressentais le besoin de partager et de rendre un peu de ce que j’avais reçu. Je savais également que je retirerais de grandes leçons de vie à travers ces merveilleux enfants qui doivent lutter pour leur vie jour après jour.

Chacune de mes visites à la Maison André Gratton me permet de rencontrer des enfants magnifiques, courageux et d’une grande sensibilité. Ils aiment la vie et jouissent de chaque instant de plaisir.

C’est très inspirant.  Cette expérience me permet d’apprécier davantage la vie et la chance que j’ai d’être en santé. Je me sens bien et satisfaite de pouvoir contribuer à leur bien-être soit par le jeu, le rire, l’écoute ou la tendresse.

J’aime trouver le bon moyen qui me permet d’entrer en contact avec eux.  Tantôt c’est en glissant mes doigts sur la paume de leurs mains, tantôt en discutant avec eux de ce qui les passionne, tantôt c’est en les emmenant au piano et en déposant leurs petits doigts sur les touches. C’est fantastique de sentir le courant passer entre nous, peu importe le mode de communication.

À chaque fois que je termine mes 4 heures de bénévolat hebdomadaire, j’en ai pour quelques heures à me sentir comme dans une bulle d’amour et de tendresse.

Je sais que j’ai apporté un peu de soleil dans la journée de mes nouveaux amis. Je ressens aussi la satisfaction d’avoir pu contribuer au répit bien mérité des parents qui doivent composer, jour après jour, avec la maladie de leur enfant.

Merci au Phare Enfants et Familles d’offrir une si belle oasis pour les enfants gravement malades, le répit à leur famille et la chance, pour les bénévoles comme moi, d’enrichir grandement leur vie.

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Albina, bénévole à Cancer J’écoute

Je m’appelle Albina et j’ai 62 ans. Je suis bénévole  à Cancer J’écoute de la Société Canadienne du Cancer depuis 2003 et bénévole au groupe de soutien visualisation depuis 2008.

J’ai été opérée pour un cancer du sein en 1993. J’avais besoin de parler à une personne qui avait vécu ce que je vivais alors j’ai téléphoné à la Société Canadienne du Cancer et on m’a référé à quelqu’un. Cette personne m’a beaucoup aidée à traverser cette période difficile et à mon tour je voulais prêter mon oreille.

C’est une satisfaction personnelle, c’est un partage. Je reçois autant que je donne. Aider une personne à vivre son moment présent, déballer ses émotions, avoir de l’espoir, à pleurer, rire quelquefois, lui faire sentir qu’elle n’est pas seule dans son cheminement… L’important est de l’écouter, d’entourer cette personne de compassion. J’ai le sentiment d’avoir été utile en aidant une personne atteinte de cancer à passer au travers.

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Nicole, bénévole au CHSLD Heather de Rawdon

Je suis fille unique et j’ai perdu mon père à l’adolescence. J’ai grandi avec, entre autres, 3 femmes: ma grand-mère, ma mère et ma tante. Je les ai vues, l’une après l’autre, perdre des forces puis décéder suite à des problèmes respiratoires tels que l’asthme et l’emphysème. Je me suis toujours sentie très responsable de leur bien-être et finalement j’ai quitté la maison familiale à l’âge de 31 ans, non sans le moindre remords.

Quelques mois après avoir pris ma retraite j’ai rencontré une connaissance du travail par hasard . C’est sans hésiter que je me suis retrouvée, grâce à elle, bénévole au Centre Heather, un CHSLD de Rawdon. Il allait de soi que j’aille faire du bénévolat parmi des gens malades, en perte d’autonomie. Des gens seuls aussi.

On partage avec eux un peu de notre temps. Ils en sont très heureux et ils nous le rendent bien.

Cet après-midi que je leur consacre depuis plus de 13 ans est loin d’être fastidieux. C’est devenu une sortie très agréable, un peu comme prendre une bonne marche. On partage ensemble un regard, on échange un sourire ou, parfois, leur tristesse, leur douleur. Tout ceci dans un esprit de camaraderie. Sans oublier les liens d’amitié qui se tissent entre les responsables et les bénévoles qui se soucient du sort des aînés en résidences.

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Jean-Claude, bénévole au CHSLD Heather de Rawdon

Je fais du bénévolat depuis 1975 et voici les raisons pour lesquelles j’en fais: pour être plus près des personnes seules qui ont tant besoin de présence et d’attention.

Cela m’apporte beaucoup. Ça me fait sortir de ma propre solitude, ça donne un sens a ma vie. Je me sens utile envers les autres. Je donne de l’amour, de la tendresse et de l’affection et tout ça me revient en pleine face. Oui, j’en retire un grand bonheur, car c’est très valorisant.

L’endroit où je fais du bénévolat est le CHSLD HEATHER de Rawdon. Je passe tous les mardis à faire de l’animation avec la préposée. C’est un centre de jour pour personnes très agées (moyenne d’âge 85 ans).

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Geneviève, bénévole à la Fondation du Cancer du sein de Québec

J’ai fait du bénévolat pour la Fondation du Cancer du sein de Québec de 2005 à 2008 en tant qu’ambassadrice. J’ai donc fait des conférences dans les écoles secondaires, universités et en milieu de travail; des entrevues télé et radio; de l’écoute téléphonique…

J’ai décidé d’en faire parce qu’en tant que survivante du cancer je tenais à lever le tabou sur cette maladie, à être un exemple pour démontrer aux femmes atteintes qu’il y a une vie après le cancer du sein…

Ça m’a apporté un sentiment de force, montré que ma bataille et ma présence servaient à quelque chose de plus que juste le métro-boulot-dodo. La chose la plus difficile que j’ai eu à faire a été une écoute téléphonique avec une jeune fille de mon âge qui était atteinte d’un cancer très sérieux. Son conjoint l’avait quittée lorsque le diagnostic était tombé. Elle s’était alors retrouvée seule avec son fils de deux ans.

Je ne sais pas si notre discussion lui a fait du bien à elle, mais elle m’a fait du bien à moi. Cette femme, une véritable battante, m’a donné espoir. Quand j’ai vu sa photo dans le Clin d’Oeil l’an passé, j’ai été convaincue […] qu’un monde sans cancer du sein est possible.

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Marylin, bénévole à la Fondation de l’Hôpital Sainte-Justine

En finissant mes études universitaires, j’avais un fort désir d’aider les enfants malades, de leur donner de mon temps et surtout de l’amour. J’ai toujours adoré les enfants et la cause des enfants malades me tenait vraiment à coeur. Je trouvais injuste ce qu’il leur arrivait et je me disais tout simplement que si c’était à mon enfant que ça arriverait, j’apprécierais la présence de bénévoles…

J’ai alors entamé le processus et me voilà bénévole à Sainte-Justine. Malgré l’excellente formation qu’on nous donne, je dois avouer qu’à ma première journée j’étais très nerveuse. Finalement, j’ai vécu un moment extraordinaire. C’est tout simplement indescriptible à quel point ces enfants changent ma vie! Ce sont eux qui m’apportent le plus. Pour moi, ils sont le plus grand symbole de courage. Je ne pourrais plus me passer de cette séance hebdomadaire de partage, de plaisir et surtout de si grand transfert d’amour. Chaque fois, c’est une nouvelle leçon de vie qu’ils m’apprennent. D’ailleurs, pour reprendre les paroles de la chanson d’Annie Villeneuve, j’ai envie de dire à chacun des petits cœurs de Sainte-Justine, «Tu seras toujours mon héros».

Très souvent ça me fait réaliser à quel point je suis chanceuse dans la vie. Bizarrement, pour eux, ça semble facile de trouver le bonheur. Par exemple, un soir je berçais un petit garçon de 4 ans en regardant un film. L’infirmière en a profité pendant qu’il était tranquille sur moi pour lui faire une batterie de petits tests. Alors que tout le gabarit médical m’effraie, pour lui, c’était comme un jeu. Il voulait absolument aider l’infirmière à faire ses propres tests. J’étais vraiment étonnée de voir à quel point ça pouvait le rendre heureux. Juste ça pour lui, c’était un réel moment de bonheur. J’ai alors mis tous mes tracas personnels de côté et j’ai réalisé que je cherchais le bonheur beaucoup trop loin…

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Huguette, bénévole à la Société Canadienne du Cancer

Ça fait deux ans que je fais du bénévolat à la Maison Jacques-Cantin de la Société canadienne du cancer. Je connaissais quelqu’un qui en faisait, mais je ne me sentais pas très à l’aise à l’idée de côtoyer des personnes malades. Quand j’ai perdu deux personnes qui étaient très proches de moi et qui ont été atteintes du cancer, je me suis décidée.

Je me sens utile en faisant du bénévolat. Quand je vois les personnes touchées par le cancer, je me dis que je suis bien chanceuse. J’appréhendais le fait que l’ambiance serait triste. Au contraire! Il y a un bel esprit de camaraderie. Les gens sont tellement positifs. Ça me réconcilie autant avec la mort qu’avec la vie.

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Claire, bénévole à la Société Canadienne du Cancer

Ça fait 16 ans que je fais du bénévolat à la Société canadienne du cancer. J’ai eu un cancer et lorsque j’étais en traitement, j’aurais aimé que quelqu’un s’en étant sorti vienne me voir. Cela m’aurait beaucoup aidée. Je me suis promis que si je m’en sortais, je m’impliquerais. C’est devenu ma mission de vie.

Le bénévolat sera toujours présent dans ma vie. Je veux aider les gens et leur donner un message d’espoir, les aider et, par mon expérience, faire en sorte qu’ils vivent mieux leur cancer. Pour moi, le bénévolat, c’est un engagement spirituel que j’ai pris. Aider les autres apporte une grande satisfaction personnelle: on se sent utile et on a l’impression de participer au mieux-être de l’humanité. Ça m’aide aussi à dédramatiser mes propres soucis. Quand j’arrive le matin à la Maison Jacques-Cantin en croyant que j’ai de gros soucis et que je rencontre une personne ayant un cancer généralisé à qui on a donné un pronostic de quelques mois, ça fait réfléchir. Quand je quitte, mes soucis sont beaucoup plus petits. Je me trouve chanceuse de m’en être sortie. C’est un privilège de pouvoir aider les autres. Faire du bénévolat augmente notre notion de bonheur.»

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Josée, bénévole à la Maison Luc Larivée et à la Maison Ludovic

Vers 18-19 ans, j’ai fait du bénévolat pour la maison Luc Larrivée et la maison Ludovic pendant quelques mois. Ce sont deux maisons d’hébergement qui offrent l’accompagnement aux personnes sidéennes (hommes et femmes de tous âges en fin de vie). J’ai tissé des liens d’amitié avec un collègue de travail qui était séropositif quand je travaillais pour un OSBL. Quand mon contrat s’est terminé, je me suis retrouvée sans emploi et avec beaucoup de temps libre. J’ai donc décidé de m’impliquer de cette façon. Ce n’était pas tous les jours faciles, mais j’en garde de bons souvenirs.

Ça m’a permis de comprendre la maladie, de différencier séropositif et sidéen (on nous donnait une formation), de défaire mes propres préjugés face à ça, etc. J’étais aussi confrontée à l’importance de la religion pour certains quand ils se retrouvent faces à la mort alors que j’étais dans une époque de rébellion contre l’Église. Je ne suis pas plus croyante aujourd’hui, mais je comprends plus ce désir que certains ont de vouloir se rapprocher d’une certaine spiritualité, peu importe la forme qu’elle prend.

J’ai 31 ans aujourd’hui et je fais encore du bénévolat, pour 3 organisations différentes. Mais je ne m’implique plus auprès de personnes sidéennes, surtout parce que je suis mère monoparentale et que ce genre d’implication demande une présence que je ne peux garantir compte tenu de ma situation familiale actuelle.

Je me souviens d’un résident avec qui je m’étais particulièrement bien entendue. On discutait, on jouait à des jeux. Un moment donné, je lui ai donné un coup de main pour faire une épicerie. Je lui ai rendu visite à l’hôpital. Je lui ai aussi rendu visite vers la fin, à quelques heures de sa mort. Il n’était pas beau à voir, mais comme il était content de savoir que je m’étais déplacée juste pour le voir. J’ai réussi à retenir mes larmes devant lui, à lui sourire et à lui tenir la main, mais j’ai éclaté peu de temps après. J’en ai eu pour des jours à traîner une certaine tristesse.

Les bénévoles dans ce domaine font un travail remarquable. On fait des tâches cuisinières et ménagères aussi, mais c’est toute la relation qui se bâtit avec les résidents qui fait une différence. Je me souviens d’un homme qui me parlait de son pays d’origine et de sa famille. Quand il leur a annoncé qu’il était gai et sidéen, ils l’ont tous renié. Il n’avait plus que nous, des bénévoles qu’il voyait de façon hebdomadaire. Et il était toujours heureux de pouvoir nous parler de son vécu. Encore aujourd’hui, quand je passe à la SAQ, j’ai une préférence pour les vins de son pays qu’il m’a vanté dans tant de conversations. Je ne l’oublierai jamais.

2 Responses to “Je donne la parole aux bénévoles”


  1. 1 M. Paul 10 septembre 2010 à 09:56

    J’ai tout lu jusqu’au bout, même si y’en a beaucoup. C’est touchant. C’est belle partie de l’humanité, ça donne espoir.

    C’est bien aussi, que ces voix trouvent une petite antenne à travers ton blog. C’est peut-être pas le New York Times, mais ça permet à toutes ces histoires d’exister, d’être entendues.

    Et puis, avec le nombre, ça permet d’imaginer toute cette foule de gens qui donnent et redonnent, dans l’anonymat. Ça permet de voir ce qu’on appel parfois « le tissu social », la vraie fibre de l’humanité. C’est ce qui nous tient ensemble. C’est important.

    Plus je vieillis, plus j’ai l’impression que les choses les plus belles, et les plus précieuses, sont aussi les moins dispendieuses. Ce sont les choses gratuites. Ou plutôt les choses « qui ne s’achètent pas ».

    • 2 miiiiissk 10 septembre 2010 à 13:03

      @M. Paul: Comment ça, pas le NY Times???😛 Merci pour ton petit mot. Tu confirmes à ton tour ce que je pensais et que j’espère que de nombreuses autres personnes pensent…🙂


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