Archive pour mai 2009

Il m’eut plu qu’il eût moins plu…

On est arrivés à Prague hier en même temps qu’une autre grande voyageuse qui semble suivre sensiblement le même itinéraire que nous depuis quelques mois: la pluie.

Et si sa force est proportionnelle à son amour pour les villes qu’elle visite, je crois qu’elle aime vraiment beaucoup Prague. Une passion sans précédent qu’elle arrive parfois à «maîtriser», mais qui est ponctuée de débordements émotifs comme celui de 1342 qui mit la Vltava en crue. Une crue dont la violence détruisit le pont Judith, l’ancêtre du célèbre Pont Charles. Ou celui d’août 2002 qui inonda plusieurs quartiers dont Malà Strana l’un des quartiers les plus chargés d’histoire à Prague.

Bref, la pluie a fait une surprise à sa ville chérie hier encore, et à M. Paul et moi, par la force des choses. Une belle surprise bien intense. Nous étions dans un coin pas mal touristique de la ville et on s’est d’abord réfugié dans un café où nos deux allongés ont coûté sensiblement le même prix que notre repas du midi à la Piazzetta, qui comprenait soupe, pizza, jus, bière et vin.

Nous nous sommes donc contentés d’un seul café chacun, malgré le refus de la pluie d’abdiquer, et nous sommes entrés dans une petite église bien cachée dans une cour intérieure, à quelques portes. Notre-Dame de Tin. Une belle église. On a pris le temps de lire, grosso modo son histoire, de faire le tour tranquillement, mais à l’envers… ce qui m’a intriguée… je ne comprends d’ailleurs toujours pas. Jésus s’est fait crucifié avant même d’être arrêté dans le sens où on nous fait faire le tour des tableaux illustrant le chemin de croix.

Nous avons aussi pris le temps de bien examiner chacun des vitraux… qui doivent être magnifiques lorsque le soleil les traverse de ses rayons! Puis nous sommes revenus à l’entrée. Peu de gens visitaient  l’église, la plupart se trouvant probablement à l’abri dans des cafés. Parce que la pluie ne lâchait pas le morceau.

Nous avons décidé d’attendre qu’elle diminue un peu pour courir de ce point A à un éventuel point B dont la principale caractéristique recherchée était un «toit». Mais après à peine 3 minutes d’attente, M. le curé est venu nous demander de sortir, faisant un «wouch wouch» des mains. Il a dû comprendre rapidement qu’il n’aurait pour seule réponse deux paires d’yeux intriguées s’il nous demandait «Je vous prierais de bien vouloir sortir, SVP» en tchèque…

J’aurais compris – et en fait nous serions probablement déjà sortis – si l’affluence avait été importante et si, par exemple, nous avions gêné l’entrée. Mais nous étions simplement là, à attendre sans faire de bruit, aux limites du perron de l’église. Tout petits et tout trempés.

Nous sommes quand même sortis affronter le déluge, mais à ce moment précis, j’aurais bien aimé savoir dire «Et la «charité chrétienne»?» en tchèque… Juste pour voir…

Mais mon tchèque n’est pas au point. Nous sommes donc allés noyer notre peine dans un bar. Pendant que la pluie continuait de noyer la ville.

«Il a tant plu qu’on ne sait plus dans quel pays il a le plus plu, mais il m’eut plu qu’il eût moins plu», répétait-on dans mes cours de diction. Avis à mes ex-copains du cours: c’est en Répubique Tchèque, plus précisément à Prague qu’il a le plus plu, je pense…

P.S. Au fait… ce texte ne se veut aucunement une prise de position. Enfin. Une prise de position météorologique, peut-être… mais pas religieuse, ça c’est sûr! 😉

Des sourires gratuits, ça vaut d’l’or!

Avez-vous remarqué que souvent, quand on croise les gens dans la rue, dans les transports en commun, au supermarché… ils affichent une mine «neutre». Pas de sourire, pas de baboune, une simple ligne droite de la joue gauche à la joue droite, au-dessus de laquelle un regard laconique, vide ou perdu, au choix, est suspendu. Blasé est le mot qui me vient à l’esprit, mais peut-être est-ce simplement «fatigué» ou «déconnecté entre deux obligations» (comme dans «De retour dans 5 minutes»).

Dans cet océan de «pareil», les sourires et les yeux vifs éblouissent et ravissent. Je l’ai constaté avec certaines caissières de supermarchés et de boutiques ainsi qu’avec des employés des transports en commun parisiens. Les jours où je refuse obstinément de glisser dans cet état «somnambulique», je leur sers mes plus beaux et authentiques sourires, leur demande sincèrement comment ils/elles vont et leur souhaite chaleureusement une agréable journée. Et devinez quoi? Ils et elles semblent heureux(ses), voire soulagé(e)s, de pouvoir à leur tour libérer un sourire pour me répondre. Et ça, ça me fait sourire encore plus. Mais ça ne vaut pas les fois où je croise un(e) même employé(e) pour la seconde fois et qu’avant même que je ne me manifeste en toute gaieté, ce sont EUX qui me sourient des yeux… et de la bouche!

Mais au-delà de ces échanges fortuits, il y a tout plein de trucs qui peuvent me faire sourire… (Je dédierai d’ailleurs très bientôt une section complète du blogue à un type précis de «générateurs de sourires»… Restez branchés!)
Parmi ces trucs, il y a ce resto – La Dame Brune – sur Faubourg St-Antoine. Chaque fois que je passe devant, la mention «Cuisine de femme», côtoyant «Nombreux cocktails» et «English Spoken» me fait sourire. D’ailleurs, si l’un d’entre vous peut me décrire ce qu’est la «cuisine de femme», je serais curieuse de le découvrir!

cuisinedefemmes

En Belgique, vous savez déjà que marcher sur la rue aux Choux de Bruxelles m’a fait sourire. Mais il y a aussi ce fameux restaurant se spécialisant dans… les spécialités diverses qui m’a bien fait rigoler:
spec_div

À Donostia, ce sont les petits pictogrammes sur l’une des affiches du port qui m’ont amusée… Surtout, ne pas basculer dans l’eau (à voir la position du petit bonhomme, je prédis d’ailleurs un «flat» assuré!) ou songer à y plonger avec la voiture:
donos_pictosAh, et puis pourquoi pas reculer dans le temps jusqu’à Shanghai… Là aussi, les pictogrammes dans le métro m’ont bien fait rigoler:

Pas le droit de cracher dans le métro de Shanghai!

Pas le droit de cracher dans le métro de Shanghai!

Et pas de feux d'artifice dans le métro non plus!

Et pas de feux d'artifice dans le métro non plus!

Dernière petite chose qui m’a fait sourire hier… Au Franprix, alors que je cherchais la rangée du détachant à lessive, une voix dans l’interphone a gentiment demandé au propriétaire du chien se promenant dans les rayons de le récupérer. Deux minutes plus tard, la même voix a souligné que le chien était maintenant aux caisses et que son propriétaire était attendu. Un autre deux minutes plus tard, la voix cherchait toujours le propriétaire. Quatre, six, huit minutes… Quand je suis arrivée aux caisses, j’ai flatté le chien. La propriétaire discutait avec le boucher, je les ai entendus en passant à côté. Ça m’a fait sourire. Imaginez un chien en liberté dans un supermarché québécois… 🙂

Tranche(s) de vie basque(s)

Ces tranches de vie ont été écrites le week-end dernier…

 

Ce jeudi, on s’est levés à 4h15. Destination: Charles-de-Gaulle, puis Biarritz, puis Saint-Jean-Pied-de-Port (SJPP). Petit week-end basque en perspective avec bonne bouffe, bonne bière, bons vins, belles hikes à SJPP et beaucoup de repos. C’est moche à Paris, c’est la flotte. Nous nous envolons le coeur plein d’espoir: le sud du pays a certainement mieux à nous offrir… Non?

 

Non. Il pleut encore plus à Biarritz (oui, c’est possible). Le plan était de se rendre à SJPP en train, mais on se sent terriblement attirés vers les comptoirs de location de voiture. Après quelques minutes de magasinage, on repart, les clefs d’une Smart en mains, prêts à parcourir des kilomètres à la recherche du soleil ou, à tout le moins, de la Pension E. Bernat de SJPP.

 

(Petite parenthèse ici. Dans les gares et les aéroports, je trouve ça toujours drôle de négocier le prix d’une voiture de location. Leurs comptoirs sont collés collés collés, comme des sardines en conserve. Aussi, quand on demande un prix au premier, on a l’impression que le 2e prend des notes pour arriver 5 dollars moins cher… et ainsi de suite.)

Grâce à cette location, M. Paul sait maintenant qu'il n'achètera jamais de Smart. Il trouvera d'autres alternatives «vertes». Vous constaterez aussi que la compagnie de location affiche subtilement le fait que cette voiture consomme 112g (deux barres Mars selon M. Paul) de CO2 par km.

Grâce à cette location, M. Paul sait maintenant qu'il n'achètera jamais de Smart. Il trouvera d'autres alternatives «vertes». Vous constaterez aussi que la compagnie de location affiche subtilement le fait que cette voiture consomme 112g (deux barres Mars selon M. Paul) de CO2 par km.

Quelques kilomètres plus tard, on arrive à SJPP. Première impression partagée? «C’est pas mal plus touristique que je pensais!». Effectivement. Tremblant. Ou plutôt St-Jovite et sa rue principale où tout se passe. Avec toutefois en prime, une belle citadelle, un pont Romain très chouette, plein de Kukuxumusu dans les boutiques et des gâteaux basques.

Moins soutenue, la pluie continue tout de même à se manifester par spasmes d’ondées. Des gros spasmes. Les journaux du coin rapportent un mercredi noir où orages, pluie démentielle et grêle se sont relayés. Ce que confirme la propriétaire de notre pension. Des clients ont eu droit à une nuit mouillée, son toit n’ayant pas résisté à la pression… Souhaitons que la chambre Espelette, où nous dormirons, ne se transforme pas en soupe aux piments.

 

Pour dîner, on entre dans une petite brasserie où M.Paul choisit une spécialité du coin: l’assiette de pied de porc (et non de Pied de Port quoique oui, on l’avoue, le jeu de mots a été fait au cours du repas, avec un gros roulement de tambour à la fin). Et quand on parle «pied de porc» à la Brasserie Ttapia on y va dans le sens littéral de la chose. Aucune trace de viande sur ce pied, mais il a bien tous ses orteils, ses os, ses articulations, ses tendons, ses cartilages… Le tout, bien frit, une petite mousse blanche frétillante en témoignant. Je crois qu’on ne peut malheureusement pas parler d’un «régal» pour le pauvre homme… On s’est donc ensuite rapidement dirigé vers une boulangerie, question d’essayer le célèbre gâteau basque et de contenter son estomac. Le résultat fut plus probant…

Le terme «pied de porc» de la Brasserie Ttipia de St-Jean-Pied-de-Port est à prendre... au pied de la lettre (on y prend goût aux jeux de mots!)

Le terme «pied de porc» de la Brasserie Ttipia de St-Jean-Pied-de-Port est à prendre... au pied de la lettre (on y prend goût aux jeux de mots!)

Petite visite du village, marche jusqu’à l’ancienne citadelle maintenant transformée en collège, pluie… D’un commun accord, on embarque dans la voiture. La pluie, on se la tapera demain sur le Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle s’il le faut, mais aujourd’hui, on est tous les deux plus «type sec»…

Petite promenade vers la Citadelle...

Petite promenade vers la Citadelle...

La Citadelle / collège.

La Citadelle / collège.

Donc tour de voiture jusqu’à Roncesvalles. Je n’ai aucune idée du temps que ça a pris. Parce que fidèle à mon habitude, dès que la voiture s’est mise en marche j’ai combattu le temps d’une conversation «décente» pour ne pas éveiller les soupçons – qui, de toute façon, avec M. Paul, ne s’endorment plus, eux – puis je me suis assoupie. C’est inévitable. C’est comme si dès qu’on met l’auto en marche, ça criait «Moteurs… ACTION!»; et que l’action pour moi se déroulait alors dans mes rêves. Ce n’est que quand on finit par COUPER! le moteur de la voiture que je me réveille… Le hic, c’est que l’ACTION! débute parfois en plein milieu d’une conversation rythmée et remplie de suspense. Par exemple (Cette conversation est rapportée telle quelle dans son intégralité. Aucun nom, aucun adjectif, aucun pronom n’ont été modifiés) :

 

M. Paul: J’ai une super surprise pour toi. Tu vas voir dans quelques minutes!

Miss K: Une surprise??? Ah oui??? C’est quoi?

M. Paul: Tu vas voir. Tu vas être contente 

MissK: Mais c’est dans la voiture? Tu l’as cachée? 

M. Paul (air mystérieux): Ahhhhh… J’t’le dis pas.

MissK: Ça se mange-tu? 

M. Paul: Non.

MissK: Ça se boit-tu?

M. Paul: Non.

MissK: Ça bouge-tu?

M. Paul: Non.

MissK: Pis c’est quand que je vais le savoir?

M. Paul: Tu vas voir. Patience.T’as aucune idée hein?

Miss K: Zzzzzzzzzzzz…

M. Paul: Hein? T’as aucune idée?

MissK: Zzzzzzzzzzzz…

 

Et je ne peux rapporter le reste du monologue de M. Paul, ni vous communiquer sa durée, pour des raisons que vous comprenez… Mais je peux vous raconter le synopsis de mon rêve de porc en béquilles, si vous voulez…

 

Roncesvalles, c’est tout petit. Tout sympa. Et… c’était ça ma surprise… c’est en ESPAGNE. Mon petit pays d’amour. La terre natale de Kukuxumusu et Agatha Ruiz de la Prada, deux marques pour lesquelles je suis responsable de 50% du chiffre d’affaires. Mes chouchous. La terre des tapas, ces petites bouchées qui me rendent heureuse comme des sushis parce qu’elles permettent à mon (gros) côté curieux de goûter tout plein de mix de saveurs en un seul repas. Sangria. Rioja. Crianza. Aaaaaaahhhhhh, l’Espagne! Bon. Roncesvalles n’est pas non plus Barcelone, Valence, Madrid, ni même Cadiz, on s’entend, mais juste d’avoir à demander «Quisiera una cerveza, por favor» (ici, je ne me suis pas trompée!!!) fait du bien dans mon p’tit coeur. Vivement Donostia dans quelques jours! 

 

Au retour, on arrête à la Maison du Jambon, puis dans un espèce de méga centre commercial perdu au milieu de nulle part. Pas qu’on ait envie de faire les boutiques, mais planté au milieu de nulle part, ce méga centre pique notre curiosité: «Quessé ça fait là, ça???». C’était les boutiques «hors-taxe» de la frontière. C’est ce qu’on a déduit quand M. Paul a payé ses cigarettes 2,80 euros et qu’on a vu les autobus dans le stationnement… 

 

De retour à SJPP, la pluie étant en plein spasme, on est partis de l’autre bord, direction Urupele, qui devrait nous donner une «impression indicible de bout du monde» selon le Routard. Super joli. Mais au moment où nous y sommes, complètement mort. Tout était fermé. Et le fromager a refusé de vendre 100g de son fromage de brebis à M. Paul. Minimum 800g. Ce qui aurait fait beaucoup pour goûter, juste avant de souper. 

 

On s’est donc rendus dans une autre fermette, plus près de SJPP, à Irouleguy qui est aussi réputé pour son vignoble (j’en témoigne d’ailleurs, le vin est EXCELLENT!!!). C’est au fin fond d’un mini-chemin qui croisait la route principale que nous avons trouvé l’établissement, tenu par une vieille dame. Ce sont ses deux fils qui font le fromage. Super accueillante, elle a gentiment accepté de ne couper que 100g de sa tomme pour nous. Reconnaissant l’accent québécois, elle a raconté – petit potin – que le boucher du coin était allé passer 10 ans au Canada où, semble-t-il, il a fait fortune. Perso, je le soupçonne d’avoir acheté un 6/49…

 

En soirée, petit souper dans un resto sympa à côté de notre pension. Le moelleux au chocolat et piment d’Espelette était excellent. Surtout lorsqu’avalé en simultané avec le petit sorbet aux cerises qui l’accompagnait…

 

Zzzzzzzzzzzzzzzzz…

 

Vendredi matin. Vendredi gris. Qu’importe, on fait une partie du GR35. Celle qui part de SJPP est décrite comme étant la «plus éprouvante» du chemin de St-Jacques-de-Compostelle. C’est excellent pour la sportive en moi qui a besoin de pousser la machine (des copains de hiking m’ont déjà surnommée «The Machine», d’ailleurs. Je l’écris parce que ça fait du bien à mon orgueil…)

 

Je ne sais pas si c’est la partie la plus «éprouvante» n’ayant pas fait le reste du GR, mais je peux dire qu’elle monte en titi. Et longtemps. Et que c’est pas mal l’fun! Je n’avais jamais vu M. Paul aussi trempé. Il pleuvait, mais son imperméable-poncho – aussi grand que les parachutes sur lesquels on faisait bondir des ballons quand on était enfant – acheté pour l’occasion, le couvrait parfaitement. Non, il était trempé «d’effort». On a monté ainsi jusqu’à a crête (environ 11-12km) puis on a fait un autre petit bout avant de faire demi-tour. C’est moche de devoir revenir sur nos pas, mais il n’y a qu’un chemin,  pas de boucle, et on couche à SJPP . Sur le chemin du retour, à quelques mètres de notre point de départ, on a croisé une Asiatique qui entamait la montée. Elle nous a accostés dans un anglais approximatif, nous demandant ce que nous faisions. On a tenté de lui expliquer dans un anglais qu’elle semblait comprendre tout aussi approximativement, que nous revenions sur nos pas parce que nous ne faisions pas tout le pèlerinage. Que c’était un «one day trip» pour nous. Je pense qu’elle se cherchait des amis pour la route… Elle semblait d’ailleurs plutôt déboussolée quand on lui a dit que le refuge Orisson, où elle avait réservé, se trouvait tout en haut de la montagne, à environ 12km de distance… Paul lui a évalué le temps de marche à 3h, à son grand désespoir. Je trouvais qu’il y allait fort – ça nous avait pris environ 1h30, peut-être 2h – mais il m’a dit qu’on roulait pas mal… On lui a offert de regarder nos photos sur l’appareil pour lui montrer à quel point le paysage est beau et que ça vaut la peine de faire le trajet, mais elle a décliné, préférant s’attaquer à son calvaire le plus rapidement possible.

 

Alors, j’en partage quelques-unes avec vous (si vous en voulez plus, il y en a ici!)…

Le chemin...

Le chemin...

En haut de la montagne...

En haut de la montagne...

Des petits moutons tout mignons.

Des petits moutons tout mignons.

MissK, complètement dada ou… gaga ou… simplement mouahaha!

Je ne sais pas si c’est l’accueil absurde de San Sebastian qui a ébranlé mon subconscient plus que je ne l’aurais voulu, mais voilà qu’en plein après midi, sur une terrasse de Bilbao, j’ai, tout sourire, déclaré calmement à un serveur espagnol qui me demandait ce que je désirais manger:

«Je suis une salade mixte sans huile» (Estoy an ensalada mixta sin aceite).

Il m’a regardée étrangement, puis est reparti vers les cuisines sans rien demander de plus.

C’est M. Paul qui, pris d’un fou rire inapaisable, m’a fait remarquer ma bourde. J’étais pourtant convaincue d’avoir dit «Quisiera»…

Peut-être mon subconscient essaie-t-il de me dire que je suis une artiste dada qui s’ignore?

Ou que je suis «un caméléon qui prend la couleur…» non pas «des émotions» mais «des impressions» (vous l’ai-je mise dans la tête?)

Une chose est certaine, ce «moment», c’est l’un de ces p’tits plaisirs inopinés qui permettent de surfer sur les running gags au moins… un après-midi complet!

San Sebastian, capitale de l’absurdité?

Il y a toutes sortes de villes dans le monde. Je ne vous apprends rien. Et il y a toutes sortes de «premiers contacts» avec ces villes qui font que certaines personnes «tombent en amour» avec les Barcelone, Londres, Paris de ce monde alors que d’autres les prennent en grippe parce leur «première impression»  est teintée d’un SPM, s’avère être l’aboutissement d’une journée de c…. ou, tout simplement, se déroule sous la pluie.

Je me souviens, par exemple, de mon arrivée à Héraklion (Crête). Une première impression assassine qui a tristement rendu impossible tout espoir d’empathie de ma part (et de celle de M. Paul) pour cette ville. Nous venions de nous taper un voyage en mer de quatre heures au lieu des deux prévues par le «Super Ferry» à bord duquel nous étions embarqués. Super Ferry qui non seulement était parti en retard de Santorini, mais avançait à peine plus vite qu’un voilier une journée sans vent. Sans compter qu’il mangeait toutes les vagues en pleine proue comme autant d’uppercuts bien sentis. Sentis comme dans «est-ce que je viens de me réincarner en balle de Ping Pong, moi?». Et ne songez pas sortir sur le pont prendre l’air: l’accès est interdit (et probablement fort «humide» par ailleurs). Oubliez aussi l’ingurgitation massive de biscuits soda pour désamorcer les nausées: le p’tit resto était fermé. Donc pas de bouteille d’eau non plus, même si on suffocait en cabine.

Bref, rien qui nous disposait à écouter calmement le film diffusé sur les écrans 12 pouces noir et blanc: «Le pirate des Caraïbes» (!!!), traduit en grec.

Le petit bonbon sec de 2 grammes qu’ils nous ont distribué en guise d’excuses à la fin du voyage ne faisait pas vraiment le poids,..

Fraîchement débarqués dans la noirceur héraklionnienne, nous n’avions donc qu’une suite d’envies bien précises: trouver la pension, se doucher, boire une bière et bouffer. Après, on jasera de la suite éventuelle des choses, et on essaiera de voir si la ville a un charme (bien) caché. Notre marche pour nous rendre vers la première pension que nous avions notée nous fit réaliser que la ville était «fermée» à 21h. Pas de lumière, pas d’enseigne de restaurants… Et tous les voyageurs fraîchement débarqués semblaient se diriger vers la même pension que nous. Comme si nous avions tous le même guide de voyage (ce qui peut être le cas…!)… Après quatre «No vacancy» (au moins, le nombre de chercheurs de gîte diminuait à chaque endroit…), on s’est retrouvés dans une chambre ,ma foi… vraiment crade.

M. Paul m’a jeté un coup d’oeil… «Bah… ça fait la job»… «Me semble que je t’ai connue plus capricieuse et difficile que ça!» Honnêtement, j’étais écoeurée. Écoeurée par la chambre, mais encore plus écoeurée de pas être posée. Atteint d’une écoeurite encore plus forte et plus généralisée que la mienne, M. Paul m’a alors totalement prise par surprise: «Pogne tes affaires, on part d’ici et on s’en va au Megaron». J’ai le goût d’une douche chaude, de me raser nu pied et de me perdre dans un King Size.»  Le Megaron, c’est l’hôtel 4 étoiles qui avait fait office de «première vision» en débarquant du Super Ferry. Probablement pris de pitié demant nos mines déconfites et nos dos courbés par les bancs du Super Ferry… et nos sac-à-dos, ils nous ont fait un super prix.

Ce petit flashback dans lequel je me suis finalement éternisée illustre les raisons pour lesquelles Héraklion ne m’a pas été sympathique. J’ai pourtant adoré la Crête. Mais les astres de cette ville, au moment où j’y suis débarquée, devaient être sacrément mal alignés… Première impression: froide, désagréable et inhospitalière.

Mon arrivée à San Sebastian, samedi dernier m’a plutôt laissé une première impression… absurde. C’est rigolo parce que la veille, sur France Culture, on avait justement écouté une analyse de l’oeuvre de Ionesco dans le cadre d’une série d’émissions spéciales sur l’absurde dans la littérature… Drôle de coïncidence.

Samedi, 14h45. Tout juste arrivés dans la ville, alors que nous nous cherchons un petit café pour casser la croûte, le cellulaire de M. Paul sonne. C’est le propriétaire de la pension où il a réservé. Il veut savoir quand nous prévoyons arriver. M. Paul lui explique que nous sommes justement tout près et que nous allons passer dans quelques minutes. Cinq minutes plus tard, nous arrivons devant la porte. On sonne. Pas de réponse. Re-sonne. Pas de réponse. M. Paul rappelle M. Pension. Il sera là dans 10 minutes. Ça commence bien. Je dois aussi mentionner que j’ai eu le temps de voir l’affiche «P» pour (notre) «Pension» avec une seule petite étoile dessous. Pour être venue quelques fois en Espagne, je sais que nous avons toujours rebroussé chemin quand nous sommes entrés «voir» des pensions à une étoile. Il y a tellement de belles pensions bien tenues en Espagne que c’est dommage de passer à côté… Mais bon, c’est réservé. Et je me raisonne: tant que je ne l’ai pas «vue», ça donne rien d’être mécontente… Puis je sais que M. Paul a fait des recherches parce que la pension où il voulait que nous dormions (parce qu’il y avait déjà logé) était pleine. Il a donc senti qu’il était préférable de réserver pour ne pas se retrouver à la rue…

Du coup j’essaie de détendre l’atmosphère… et de meubler l’attente (parce que ça doit déjà faire au moins 5 minutes qu’on attend): «Regarde bien ça: il va arriver dans 20 minutes, complètement saoul. Il est au bar juste à côté :)».  Ma tentative n’est pas très réussie… On est tous les deux un très affamés et un peu exaspérés. Et vice versa.

Mais mes prédictions étaient bonnes: il ne s’est effectivement pointé qu’une vingtaine de minutes plus tard et puisque nous l’avons croisé dans un bar immédiatement après notre «check-in», nous pouvons imaginer qu’il y était peut-être aussi AVANT…  Quant à la chambre, ça peut aller. On repassera pour le cachet espagnol, mais ça semble propre. La salle de bain est «à usages multiples» d’où l’unique étoile, mais ça ne me dérange pas… à priori.

Un accueil un peu… étrange. Quoiqu’on en a vu d’autres… Mais c’est la suite qui m’a fait basculer dans l’absurdité. Je raconte.

On s’est promenés tout l’après-midi: marche dans les petites rues, visite à la citadelle, arrêt au bar de la citadelle, descente dans le port… C’est d’ailleurs là qu’on a vu un monsieur trotter dignement, parmi la foule, complètement nu. Tout nu tout nu tout nu. Tout nu et tout sourire. J’ai voulu prendre une photo mais M. Paul avait peur qu’il soit assez cinglé pour nous attaquer. J’en doute, mais je n’ai, de toute façon, pas réagi assez vite pour sortir notre appareil photo de mon sac. J’étais… médusée. Et amusée. Il est descendu au bord de l’eau et s’est soulagé dans la mer sous le regard ahuri des touristes et citoyens qui se sont pressés au dessus du quai…

Un peu plus tard en début de soirée, j’ai croisé un homme-homard sur la plage. Il dansait gaiement dans le sable humide. Lui, je l’ai photographié, question de me rassurer sur ma santé mentale :

L'homme-homard de la plage San Sebastian... Pour une pincé de plaisir (roulement de tambour avec finale de cymbale)...

L'homme-homard de la plage San Sebastian... Pour une pincée de plaisir (roulement de tambour avec finale de cymbale)...

Le lendemain matin, je me suis levée assez tôt, question d’éviter l’heure de pointe à la douche. Mais «notre» salle de bain était occupée. Je me suis donc dirigé vers la 2e de l’étage, à quelques pas. Sitôt entrée, ça cogne à la porte. Un mec visiblement en «fin de soirée» me demande, dans un anglais approximatif – ou approximativement en anglais – si j’ai du shampooing. Je n’avais pas envie qu’il s’éternise alors j’ai dit «non». Il m’a regardée ahurie et je lui ai dit que je me lavais les cheveux avec le savon à mains (oui, je sais, n’importe quoi!). Il m’a alors dit d’aller dans l’autre salle de bain. «You’re done?», lui ai-je demandé. «Yes». Alors je prends mes trucs pour m’y rendre. Mais il reste là et me fait signe d’entrer. Je lui demande alors s’il est sûr d’avoir terminé et l’invite à sortir avant que je n’entre. C’est quand même pas très grand… Et il me lance «No, come WITH me in the shower». Dans ce type de situation, on dirait que notre répartie prend soudainement les jambes à son cou. J’aurais aimé lui répondre une platitude du tac au tac, mais je n’ai pu qu’appuyer mon regard mi-étonné/mi-exaspéré d’un «Noooooon!» aux sourcis froncés avant de tourner les talons et de m’embarrer dans la salle de bains d’où je venais.

Quel accueil, quand même! Un «bonjour» basque d’une douce absurdité qui m’a et me  fait bien rigoler 🙂

P.S. Je finirais en disant que la fameuse pension une étoile, finalement, était plutôt ordinaire. Pour la chambre, ça a été, mais disons que le ménage semblait facultatif les week-ends dans les salles de bains. On a donc cohabité avec la paire de bobettes Calvin Klein de M. Shampooing qui traînait par terre à côté de la douche tout le week-end.  Juste à côté de la cendre de cigarette qu’il avait «toppée» par terre… Sympathique…

Les trois PIS de Bruxelles

Quand M. Paul m’a annoncé «Oh, au fait, le week-end du 9-10 mai on s’en va à Bruxelles. J’ai acheté des billets de train. Ils étaient vraiment pas chers.» J’ai répondu «Cool!» avant d’aller changer mon statut Facebook pour «MissK est à la recherche de bonnes adresses (restos, boutiques, musées, n’importe quoi de tripant) à Bruxelles!»
Parmi les attraits touristiques proposés, mis à part la Grande Place, tous ceux qui ont répondu à l’appel m’ont dit que pour être une «vraie touriste», je ne devais pas porter des sandales-bas-blancs, mais plutôt aller dire «Bonjour» au Manneken-Pis (et, accessoirement, au kiosque à gaufres à côté). Ce que j’ai fait (oui, oui, au kiosque à gaufres aussi). Deux fois plutôt qu’une pour le Manneken-Pis. Parce que le samedi, ce p’tit homme qui aurait, selon la légende, sauvé Bruxelles d’un incendie, portait son costume de typographe:

Me voici heureuse, après avoir défriché mon chemin de tous les Japonais présents pour me rendre jusqu'à la statu(ett)e. Ne sentez-vous pas mon immense joie?

Me voici heureuse, après avoir défriché mon chemin de tous les Japonais présents pour me rendre jusqu'à la statu(ett)e. Ne sentez-vous pas mon immense joie?

Mais moi je voulais le voir tout nu, bon! Ce qui était le cas, le dimanche!

Un plan plus rapproché permet de constater l'air satisfait du jeune homme...

Un plan plus rapproché permet de constater l'air satisfait du jeune homme...

Marie-Julie et Mylen m’avaient aussi parlé de la version féminine du p’tit bonhomme de 61cm, la Jeanneke Pis. Bien accroupie au fond de la rue de la Fidélité (en plus, c’est une impasse, cette rue… héhé), cette petite statuette, créée par Denis-Adrien Debouvrie, a été créée en 1985 puis inaugurée en 1987. Oeuvre caritative, elle vise à amasser des fonds pour la lutte contre le sida et le cancer (par la vente de cartes postales la représentant, entre autres):

Comme vous pouvez le constater, la jeune fille bien accroupie derrière ses barreaux rouges pourrait difficilement se sauver...!

Comme vous pouvez le constater, la jeune fille bien accroupie derrière ses barreaux rouges pourrait difficilement se sauver...!

Mais personne ne m’avait parlé du «Citoyen Pis»! J’ai pourtant été fort surprise de découvrir de magnifiques urinoirs permettant aux messieurs (et, pourquoi pas, aux dames si elles le désirent… À bas la discrimination!) de soulager… sur la pierre… d’une église! Des toilettes publiques en pleine rue, j’en ai vu! Mais des urinoirs encastrés aux églises, ça, j’avoue que je n’en avais jamais vu. Enfin, des «imaginaires» ou «improvisées», oui, certains soirs de beuveries lors desquels les copains avaient peine à réprimer l’écoulement.

Voici la chose:

Des spécimens de «Citoyen Pis» sont identifiés par des flèches rouges...

Des spécimens de «Citoyen Pis» sont identifiés par des flèches rouges...

Vous comprendrez que les visages ont été volontairement dissimulés dans un souci de confidentialité (et parce que la hauteur des panneaux nous empêche de les voir :))

P’tite déception bruxelloise…

Si ma vie n’était construite que de «p’tits plaisirs», je pense que je ne saurais pas les apprécier à leur juste valeur. Pour goûter le plaisir des p’tits plaisirs, il faut aussi goûter l’amertume des contrariétés ou des déceptions. Et vice versa. Leur opposé donne de la profondeur, de la perspective aux concepts. 

Vous comprendrez maintenant l’ampleur de la déception que j’ai vécue immédiatement après être passée sur la rue aux Choux de Bruxelles. Bien qu’improvisée en terme de choix de rues, cette promenade n’était pas fortuite en soi. Son but: aller saluer, voire embrasser mon cher ami Gaston Lagaffe.

Arrivée au point G (pour Gaston), brusque interruption du plaisir! Le désir est devenu soupir. Malade, Gaston avait dû se rendre d’urgence à l’hôpital des statues pour une chirurgie majeure inexpliquée sinon par l’emploi de l’expression «en cours de restauration». Voyez ma mine déconfite:

Karine est triste et inquiète: Gaston est à l'hôpital, «en cours de restauration».

Karine est triste et inquiète: Gaston est à l'hôpital, «en cours de restauration».

Puis, BANG! Revirement de situation! Sachant tirer profit de la situation plus vite que son ombre, Lucky Luke s’est empressé de me tendre les lèvres pour me consoler d’un furtif baiser:

Lucky Luke me console...

Lucky Luke me console...

Je dois d’ailleurs vous confier un secret: même si le Centre Belge de la BD a forcé le cow-boy solitaire à cesser de fumer, lui retirant d’un coup sec la cigarette qu’il tenait au bec et lui confisquant toutes ses réserves, Lucky Luke ne s’en est pas laissé imposer. Il trouve le moyen d’aller en griller quelques unes pendant ses pauses… Parce qu’il avait définitivement un p’tit goût de tabac.

Toute cette scène, M. Paul me l’a ensuite confirmé, s’est déroulée sous le regard amusé du Capitaine Haddock…

Quel regard amusé quand même... limite «indiscret»!

Quel regard amusé quand même... limite «indiscret»!

…qui, probablement pris de remords face à ses excès de curiosité, a fini par détourner les yeux:

C'est moi ou il a encore un subtil petit sourire?

C'est moi ou il a encore un subtil petit sourire?

La journée s’est terminée par une superbe ballade en 2CV! Jolly Jumper faisant la sieste, Lucky Luke a négocié quelques minutes avec le papa de Boule qui a daigné nous prêter sa belle voiture rouge à condition que Bill fasse office de chaperon:

Coquet, Bill a refusé de poser parce qu'il avait une rosette sur l'oreille droite...

Coquet, Bill a refusé de poser parce qu'il avait une rosette sur l'oreille droite...

Quelle journée, quand même! La morale de cette histoire? Il n’y en a pas vraiment.

Mais la conclusion, c’est que replonger en enfance en visitant une exposition sur les bandes dessinées peut causer certains effets secondaires inexplicables…

P’tit plaisir (pas coupable) bruxellois

Les petits plaisirs bruxellois, ce sont bien sûr les chocolats belges (que je soupçonne de pousser dans les arbres), les gaufres qui nous titillent les narines à chaque coin de rue, les bières qui «bourrent» tant à la québécoise qu’à la française si on se met en tête de TOUTES les essayer, les frites, moules, tomates aux crevettes grises, et autres nombreux plats qu’un petit week-end ne permet malheureusement pas de tester convenablement et entièrement…

Mais au-delà de tous ces plaisirs gustatifs (et parfois «coupables»), j’ai toujours des «p’tits plaisirs» tout simples, qui «font ma journée» quand je voyage.

Comme marcher dans une ville, m’y perdre, en découvrir tous les racoins et les p’tits coins à pied et soudainement, réaliser que je suis bel et bien en Belgique, en train d’arpenter la rue aux Choux de Bruxelles:

 

La rue aux Choux de Bruxelles, c'est cool, non (roulement de tambour)?

La rue aux Choux de Bruxelles, c'est cool, non (roulement de tambour)?

Voilà qui, dans mon cas, transforme un rictus en sourire franc… en un coup d’oeil!

Plaisirs coupables au Franprix!

Quand j’écoutais Fréquence Libre au Québec, j’attendais secrètement le moment où l’invité dévoile son «plaisir coupable». J’en ai tellement des «plaisirs coupables» en musique! M. Paul peut en témoigner.
Il arrive parfois qu’il fasse preuve de tolérance en les subissant. Mais ça reste une exception. Ma playlist karinienne de plaisirs coupables a d’ailleurs été la seule motivation qui l’a poussé à manipuler un iPod: il a trouvé comment faire «SKIP». 

Donc Bonnie Tyler, Cindy Lauper, Mylène Farmer, les Pointer Sister, ABBA, Laura Branigan, Irene Cara, Gloria Gaynor, Diane Tell et les autres ne peuvent s’égosiller que quand M. Paul est absent. Et j’avoue que j’essaie aussi d’épargner les voisins…

MAIS, j’ai découvert que la personne en charge du line-up musical de la radio Franprix a sensiblement les mêmes plaisirs coupables que moi… et qu’elle en a fait un Best Of!

Aujourd’hui, par exemple, j’ai entre autres eu droit à Total Eclipse of the Heart et The Lady in Red et Si j’étais un homme,  l’une à la suite de l’autre. Juste avant le slogan «Franprix, mes courses préférées, Franprix!». C’est malheureusement ce dernier qui reste presqu’invariablement dans la tête, mais bon… 
Les supermarchés ici ne servent donc pas qu’à assouvir mes envies de plaisirs coupables gustatifs mais également mes envies de plaisirs coupables musicaux. N’est-ce pas magnifique?

P.S. Je ne parle que de Franprix parce que c’est le supermarché le plus près, où je vais le plus souvent. Mais c’est probablement vrai pour les autres bannières aussi. À moins que les profils démographiques des clientèles de chacune d’entre-elles diffèrent à un point tel que les choix musicaux passent de Herbert Léonard à Métallica… Je vous tiens au courant!

Eille! Mes previews :-(

Ce matin en marchant vers le gym (je vous raconterai… mais pas ce soir), je suis passée devant un cinéma, qui est tout près de chez-moi. Il était environ 9h55. J’ai jeté un coup d’oeil aux films à l’affiche. Oh! Je l’aimais, une tragédie amoureuse basée sur le tout petit livre d’Anna Gavalda que j’ai lu il y a, ma foi, plusieurs années et qui met en vedette Marie-Josée Croze et Daniel Auteuil y joue. 12h55. Sans trop m’en rendre compte, je classe l’info dans la section «Things to do» de mon cerveau, et je cours au gym, où je dois être dans maintenant 2 minutes.

Avant de poursuivre, il faut que je vous dise que depuis que je suis arrivée en France, j’ai retrouvé le temps et l’envie de vivre une autre de mes grandes passions, en plus des voyages, de la lecture, de la marche à perte d’horizon et… de la vie tout court: me plonger dans un film et vivre une panoplie d’histoires et d’émotions par procuration. Et vous aurez beau essayer de me convaincre de mille et une façons qu’un cinéma maison c’est le top en matière d’expérience cinématographique… Dans mon coeur, RIEN ne vaut les bonnes vieilles salles de cinéma, même si l’écran est tout petit, que le son est mono, que les bancs sont tout creusés et que le manque de déclinaison de la salle fait en sorte que n’importe quelle tête, frisée ou non, nous cache si elle est dans le siège devant nous. Même celle d’un enfant de 4 pieds. Tant que la séance débute avec une série de preview, qu’elle se termine par le générique complet et qu’entre les deux il fait noir comme dans le fin fond d’une grotte une nuit sans lune et sans étoiles, je suis comblée.

Donc à ma sortie du gym, vers 11h55, mon cerveau paresseux a ressorti la première carte au-dessus de toutes celles dédiées aux «Things to do» et a sommé mes jambes de se diriger vers le cinéma. Le film débutant seulement une heure plus tard, les grilles étaient encore fermées. Je suis donc allée dans un café juste à côté. J’en ai profité pour lire et prendre un léger goûter sur la terrasse, au soleil (non, pas de profitérole pour cette fois!). Complètement hypnotisée par ma lecture (La malédiction d’Edgar de Marc Dugain, pour qui ça intéresse), je n’en ai émergé qu’un bon 50 minutes plus tard, l’air paniqué de qui n’a pas entendu le cadran et se réveille en retard. 12h45. Ça commence dans 10 minutes! Je jette un coup d’oeil pour voir s’il y a foule au cinéma (ce qui est souvent le cas ici). Et… il y a effectivement «mini-foule», mais les grilles sont toujours fermées. Je paye le serveur et lis 2-3 pages de plus. 12h50. Nouveau coup d’oeil: tout est fermé. 12h54. Je me lève pour rejoindre les autres cinéphiles qui font la file (enfin, avec le concept de «file» ici… dire qui «attendent» serait plus juste). 

13h. Eille! J’espère qu’il y a beaucoup de pubs et que mes previews ne seront pas grugés! La grille s’ouvre. J’entre. Je paye. En plus, j’ai envie de pipi! Et je me suis déjà fait prendre: je sais qu’il vaut mieux aller aux toilettes AVANT parce qu’après, on sort… par la VRAIE sortie. Celle de «secours». Celle dont les portes ouvre sur la rue. Là où il n’y a plus de toilettes…
– Vous pouvez m’indiquer où sont les toilettes, monsieur, SVP?
– Dans la salle, en bas à droite.
Bouche-bée et… pas 100% convaincue, je dois l’avouer, je me dirige vers la salle de projection (13h03). HORREUR! Mes previews sont entamés! Mon regard bifurque vers la droite et oui, je vois bien les – rassurants – petis symboles «homme / femme». Débat intérieur. Previews, envie, previews, envie, previews... «Envie» l’emporte. Mais je fais vite.

De retour dans la salle, c’est la bande-annonce du dernier Almodovar, Les étreintes brisées, qui commence. Je n’aurai donc eu droit qu’à une bande-annonce complète. Mais au moins, c’en est une qui vaut la peine! Et ça me rappelle qu’en étant ici, je pourrai voir le film dans les prochaines semaines… alors qu’au Québec, il faudra probablement attendre un peu. Petit moment de joie.

Mais si on recule un peu dans le temps… Dites-moi, au Québec, qu’arriverait-il si la personne en charge du cinéma n’ouvrait les portes que 5 minutes APRÈS le début de la première séance? Est-ce que  l’importance de la ponctualité est soulignée dans le best-seller «L’art du service à la clientèle»? Pourtant, un truc qui me frappe ici c’est à quel point, dans toutes les communications écrites affichées en magasin, la notion de «clientèle» est louangée… Au Franprix, par exemple, dès qu’il y a un message à passer (erreur de circulaire, heures d’ouvertures modifiées, etc.), toutes les communications commencent invariablement par «Nous désirons avertir notre aimable clientèle que…». 

Oh! De fil en aiguille, ça me fait aussi penser à un autre «moment service à la clientèle». Dans une boutique, une aimable vendeuse me donnait gentiment des informations sur un produit que je désirais, éventuellement, me procurer. Elle était «toute à moi» jusqu’à ce qu’un de ses collègues ne débarque, complètement déboussolé par le fait qu’elle n’avait pas encore «attaché» ses vacances d’été. C’est à ce moment que j’ai cessé d’exister. Il fallait absolument qu’elle détermine immédiatement, sans délai, le moment où elle prendrait ses vacances, en août prochain. Sans quoi il ne pourrait avoir son «ticket vacances». Il risquerait alors de partir (en juillet, je le précise) sans autorisation (i.e. sans ce fameux ticket délivré par M. Boss) et donc de se retrouver sans emploi à son retour, pour cause de non respect des politiques de l’entreprise. Ses vacances sont en juillet. On était en avril… Je n’ai recommencé à exister qu’une quinzaine de minutes plus tard, après avoir assisté à une charmante prise de bec entre deux employés. Peut-être un autre chapitre à ajouter au livre? 

Après tout, ce sont des choses qui me semblent «naturelles» à moi, mais j’ai depuis longtemps compris que toutes les notions qui ont «gros bon sens» dans leur définition sont élastiques selon plusieurs facteurs culturels, psychologiques, anthropologiques et logiques-tout-court que je n’énumérerai pas ici. Parce que sinon, pourquoi faudrait-il que les fabricants de sèche-cheveux mettent ces éléments dans leur page de mises en garde:
– Ne pas utiliser l’appareil dans le bain.
– Ne pas mettre l’appareil dans l’eau ou dans tout autre liquide.
(source:  Andis)

Ceci dit, j’espère n’offusquer personne avec mes constatations. Je ne parle pas du Québec parce que je n’y suis pas actuellement, mais je suis convaincue qu’à mon retour, je serai à même d’observer une foule de détails qui m’étonneront, m’enrageront, me séduiront ou… me feront simplement rigoler comme c’est le cas ici :).  

Quant au film, je suis encore ambivalente. C’est un beau film. Les acteurs sont remarquables. Daniel Auteuil, qui respire la résignation dans son rôle de beau-père qui «prend les choses en mains» dès le début du film, arrive aussi à nous faire sentir toute la fébrilité de son amour et son insécurité dans les scènes de flashback qui relatent l’histoire d’amour qu’il a vécue 20 ans auparavant. Deux rôles au caractéristiques psychologiques et physiques complètement différentes pour un même personnage; rôles joués par un seul acteur aux performances donnant l’impression d’avoir devant soi deux personnes distinctes. Quant à Marie-Josée Croze, elle est «vraie», tout simplement. Belle et vraie. Parfois rafraîchissante, parois «pesante», toujours «Mathilde»… Mais malgré tout, il me manquait quelque chose pour embarquer à 100% dans le film. Est-ce le fait que  j’aie inconsiemment comparé avec le souvenir que j’avais de ma lecture du livre? Le rythme du film qui ne convenait pas au rythme auquel je vivais les émotions livrées par les personnages? Le fait que deux histoires soient imbriquées l’une dans l’autre? Je ne sais pas encore. Mais il me manquait un p’tit quelque chose. Peut-être était-ce la frustration d’avoir manqué une partie des previews…? 😉


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